Ce samedi 10 mai 2025, la bibliothèque Lanciné-Williams de Kankan a accueilli un événement pas comme les autres. Dans ce lieu habituellement consacré au savoir, un collectif de journalistes a officiellement vu le jour : le Collectif des Journalistes Professionnels pour la Promotion des Acquis du CNRD, plus simplement appelé CJPPAC.
Ils sont venus de toute la région : Kankan, Siguiri, Kouroussa, Kérouané, Mandiana. Journalistes, animateurs, correspondants locaux. Tous réunis autour d’un même objectif : valoriser l’action du CNRD, l’organe militaire au pouvoir depuis le coup d’État de 2021. Leur mission, telle que présentée : “raconter le pays” ou plutôt, celui que les autorités aimeraient voir émerger dans les récits médiatiques.
L’ambiance était solennelle, les discours soigneusement pesés. Cheick Mamady Condé, coordinateur du collectif, a donné le ton :
« Un bon journaliste doit aussi savoir parler du train qui arrive à l’heure. »
L’image est forte, et dit beaucoup : désormais, l’information se veut positive, encourageante, orientée vers les “réalisations” de la transition.
Le CJPPAC promet des reportages sur les grands chantiers du pays, des descentes dans les zones reculées, et un combat contre la désinformation. Une initiative louable, en apparence. Mais à y regarder de plus près, la ligne éditoriale semble déjà balisée : mettre en lumière les actions du pouvoir, tout en évitant de troubler la quiétude de la communication officielle.
Ce n’est pas de la propagande, affirment les membres. Plutôt une manière “responsable” de faire du journalisme. Un journalisme qui, cependant, revendique un soutien logistique et financier de l’État.
« Il nous faut un siège, du matériel, des moyens pour travailler », plaide Condé. Un journalisme loyal… et équipé.
Présent pour l’occasion, l’ancien ministre de la Justice, Alphonse Charles Wright, a adressé un message sans détour :
« Vous ne pouvez pas être avec le Président dans l’espoir qu’on vous donne de l’argent. Il n’en a pas pour tout le monde. »
Sous-entendu : l’engagement, aujourd’hui, doit être désintéressé ou du moins, discret.
Quant au grand frère du Président, Elhadj Kèdjan Doumbouya, il a été sacré “père symbolique” du collectif. Une paternité qui en dit long sur le cadre familial sinon filial dans lequel s’inscrit cette nouvelle presse.
La Direction régionale de la communication, elle, salue une “nouvelle ère” : celle d’un journalisme engagé, mais engagé dans la bonne direction. Une presse de transition, née sous le regard bienveillant et attentif du pouvoir
